Al Quaraouiyine : un Héritage millénaire, un phare du savoir

  • Au cœur de la médina de Fès se trouve un joyau universel : la mosquée-université Al Quaraouiyine, fondée en 859. Reconnue par l’UNESCO comme la plus ancienne université du monde encore en activité, elle symbolise à la fois le rayonnement spirituel, scientifique et culturel du Maroc. Depuis plus de onze siècles, elle continue d’incarner une passerelle entre les civilisations, de l’Orient à l’Occident.

1. Une architecture marquée par les siècles

  • Le style originel : arabo-andalou, sobre et élégant.
  • Les Almoravides (XIe siècle) élargissent l’édifice et y ajoutent le minaret carré en 956, considéré comme le plus ancien encore debout au Maghreb.
    À titre de comparaison, le minaret de la mosquée Koutoubia de Marrakech, construit plus tard au XIIᵉ siècle (vers 1184-1199), demeure le plus emblématique du Maroc par ses proportions parfaites et son rayonnement architectural. Ainsi, Al Quaraouiyine détient l’antériorité, tandis que la Koutoubia incarne l’apogée de l’architecture almohade.
  • Les Mérinides (XIVe siècle) l’embellissent avec des mosaïques, des plafonds en bois de cèdre et une bibliothèque qui demeure l’une des plus anciennes du monde.
  • Ainsi, chaque dynastie a laissé son empreinte, faisant d’Al Quaraouiyine un témoin vivant de l’histoire architecturale du Maroc.

2. Une fondation visionnaire (IXe siècle)

Document pouvant être considéré comme le plus ancien « Doctorat en Médecine » documenté et connu à ce jour. Délivré par l’université Al Quaraouiyine au Docteur Abdellah Ben Saleh Al Koutami en 1207.
C’est en 859, sous la dynastie idrisside, qu’une femme savante et pieuse, Fatima Al-Fihriya, décide de consacrer sa fortune à l’édification d’une mosquée qui devint aussi un centre de savoir.

Ce geste visionnaire reflète la place de Fès à cette époque : une ville prospère, carrefour des échanges commerciaux, intellectuels et spirituels.

3. Un haut lieu de savoir et de pensée

Parmi ses étudiants et enseignants les plus célèbres figurent :

  • Ibn Khaldoun (1332-1406), père de la sociologie moderne, qui séjourna à Fès vers 1362-1365, participant à la vie intellectuelle et politique.
  • Maimonide (1138-1204), médecin et philosophe juif, qui aurait étudié à Fès autour de 1159-1165, avant de s’installer en Égypte.
  • Léon l’Africain (1494-1554), voyageur et géographe, formé à Al Quaraouiyine avant de parcourir la Méditerranée et l’Afrique.
  • Averroès (Ibn Rushd, 1126-1198), philosophe et médecin andalou : même s’il n’y a pas étudié directement, ses écrits furent largement diffusés et enseignés à Al Quaraouiyine, nourrissant la réflexion philosophique.

Les disciplines enseignées étaient nombreuses : théologie, jurisprudence malikite, grammaire, astronomie, médecine, mathématiques, philosophie… Un ensemble de savoirs qui a permis à Fès de rayonner bien au-delà du Maghreb.

4. Un pont vers l’Europe médiévale

Al Quaraouiyine a joué un rôle majeur dans la transmission du savoir vers l’Europe.

  • Dès le XIIᵉ siècle, les manuscrits en sciences et philosophie qui y circulaient furent traduits en latin, notamment à Tolède, avant d’influencer les universités européennes. Les commentaires d’Averroès sur Aristote, enseignés à Fès, ont profondément marqué des penseurs comme Thomas d’Aquin et participé à la naissance de la scolastique puis de la Renaissance.

5. Al Quaraouiyine aujourd’hui

Toujours active, Al Quaraouiyine demeure à la fois mosquée et université.

  • Elle dépend aujourd’hui du ministère marocain des Habous et des Affaires islamiques.
  • La bibliothèque, restaurée en 2016 avec l’aide de l’UNESCO et d’architectes marocains, conserve des manuscrits précieux datant du IXe siècle.
  • L’université accueille encore des étudiants en sciences islamiques et organise régulièrement des colloques et événements religieux et culturels.
  • Ainsi, plus de onze siècles après sa fondation, Al Quaraouiyine continue de vivre et de rayonner, mêlant héritage et modernité.

Conclusion

  • Al Quaraouiyine est bien plus qu’un monument : elle est une mémoire vivante, un phare de connaissance et un témoin du rôle central de Fès dans l’histoire universelle.
  • Entre tradition et avenir, elle reste un lieu où le savoir se transmet, où les cultures dialoguent, et où l’esprit de Fatima Al-Fihriya continue d’inspirer.
  • Et au-delà de ses murs, la ville tout entière vibrait et vibre encore de ce souffle intellectuel et spirituel.
  • Comme le décrit Camille Mauclair dans Fès, ville sainte (1930), le conteur de Bab Guissa captivait chaque soir ses auditeurs sous les étoiles, perpétuant une tradition orale millénaire.
  • Ce tableau poétique reflète l’atmosphère culturelle qui faisait de Fès — et d’Al Quaraouiyine en particulier — un véritable carrefour du savoir et des arts.
  • À propos du livre : Fès, ville sainte,Fès, ville sainte, écrit par Camille Mauclair avec des illustrations de J.-F. Bouchor (et ornementations de David Burnand), publié en 1930 à Paris chez Henri Laurens. Il s’agit d’un ouvrage soigné de 172 pages, agrémenté de 30 planches en couleur représentant des lieux emblématiques de Fès, avec un texte riche et sensible .
  • Extrait :
  • citation
  • Un haut lieu de savoir et de pensée Parmi ses étudiants et enseignants les plus célèbres figurent…
  • (…)
  • Les disciplines enseignées étaient nombreuses : théologie, jurisprudence malikite, grammaire, astronomie, médecine, mathématiques, philosophie… Un ensemble de savoirs qui a permis à Fès de rayonner bien au-delà du Maghreb.
  • Au-delà des murs de la mosquée, la vie spirituelle et culturelle de Fès trouvait des expressions vivantes dans la médina. Comme l’écrit Camille Mauclair dans Fès, ville sainte (1930), la porte nord de la mosquée des Andalous, ornée de mosaïques et de sculptures en bois, servait de cadre à un conteur à l’orée de la nuit, captivant ses auditeurs au pied des murailles. Cette scène – à quelques pas d’Al Quaraouiyine – illustre parfaitement l’atmosphère vivante et populaire qui entourait autrefois l’université.
  • Références et lectures conseillées
  • Al-Jaznaoui, M. – Fès, la capitale spirituelle du Maroc, Éditions La Croisée des Chemins.
  • George Makdisi – The Rise of Colleges: Institutions of Learning in Islam and the West.
  • UNESCO – Mosquée et université Al Quaraouiyine, Fès (rapport patrimoine).
  • Le Tourneau, R. – Fès avant le protectorat : étude économique et sociale d’une ville de l’occident musulman.
  • Mohammed El Faïz – Fès, ville d’histoire.

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